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Exposition d'Alain Winance

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« Ce qui empêche d’aller à l’essentiel est à éliminer. »


Alain Winance

Les merveilleux nuages

On entend résonner la réponse de L’Étranger à la question insistante qui clôt le célèbre poème en prose de Charles Baudelaire.

– Eh ! Qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?

– J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !

Charles Baudelaire, Le spleen de Paris, 1869

Alain Winance pourrait en dire autant. Il n’a de cesse de s’élancer sans s’égarer dans la masse nuageuse, d’en épouser les formes changeantes et les coloris insaisissables. Des ciels à se damner. Il n’est pas ce Voyageur contemplant la mer de nuages qu’a dressé Caspar David Friedrich en 1818, non ! Il est amoureux des côtes de la Manche. La mer nue à l’aube lorsque personne ne marque le sable de ses pas ; lorsque l’espace appartient aux mouettes et aux vagues, aux balises jaunes jalonnant la distance. Le ciel sur la mer de nuit, effervescence fuligineuse. Tantôt c’est la voûte opaque, le ciel nuageux à couvert sur l’immensité hostile, le remue-ménage terrifiant des tempêtes et tantôt l’embellie, le ciel ouvert à perdre haleine.

Comment ne pas se souvenir du film de Marion Hansel Nuages sous-titré Lettres à mon fils, lorsque la cinéaste fascinée par les nues et nuages d’ici et d’ailleurs, sous lesquels elle a été amenée à tourner au fil du temps, nous offre cette extraordinaire matière de rêves.

Oui peintres, poètes, photographes et cinéastes, mais aussi musiciens (Debussy n’est jamais loin), n’en finissent pas de sculpter les nuages, de capter ce qui sans cesse échappe et nargue et enchante. Leur infinie patience nous éblouit. Par la grâce d’Alain Winance, sa maîtrise et son sens aigu des nuances, nous tournons un visage ravi vers Les merveilleux nuages là-bas par-dessus les eaux.

Colette Nys-Mazure, janvier 2014