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Exposition de Phil Billen

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Au large

« Je me suis installé dans le Sud de la France, et tous les jours je vois la Méditerranée.
Quand je me promène sur la plage, je ramasse des morceaux de bateau, je récupère aussi des pièces dans les chantiers navals. J’assemble, je soude, je ponce des matériaux industriels mais aussi du bois et du métal que je récupère dans les ports : matériaux usés par le temps, tordus par le vent, rouillés par la mer. Je boulonne et je peins ces poutres éraflées par un voyage au long cours. Je crée des bateaux, des poissons et baigneuses…
Je travaille en plusieurs dimensions. Mais comment déployer au mieux cet univers qu’est la mer… L’infini de l’horizon, l’immensité sans fond, l’horizon sans limites, le temps sans heure ? Pour faire sentir l’inaccessible limite toujours distante malgré l’approche, j’élève plus haut, je transgresse la mesure familière.
Je dresse, telle une vigie, un poisson qui se meut et scrute les alentours au gré du vent. Je hisse un bateau, pour un tour du monde, sur une roue de bois de chêne. J’édifie avec des poutres en métal la forme d’un paquebot qui voyage au sommet d’une vague, qui résistera au vent, qui résistera à la vitesse, qui résistera au temps, sous d’impalpables nuages… Comment exprimer en grand la vision éloignée d’un navire au loin qui semble, à l’horizon de la mer, si petit ? Et qui, pourtant, une fois en situation, est toujours d’une échelle inférieure à l’original dont il s’inspire.
Je crée alors une forme simple et complexe qui n’est pas une reproduction du réel mais une représentation. J’abandonne certaines proportions et j’en exacerbe d’autres. Les sculptures ainsi construites ne sont pas monolithiques, elles accueillent l’espace qui les entoure, elles s’élèvent dans le ciel ou semblent courir à même le sol entre deux allées, s’immiscer vers l’échappée. J’ancre un bateau en ville, dans un océan végétal, invitant au voyage… »                                                

Ph. B.